mardi 22 novembre 2011

Des niouzes - et oui, j'ai honte!

Honte de ne pas être venue écrire depuis un bail, tu parles d'un journal de prof si je viens pas relater mes expériences et autres catastrophes! Comme je le disais déjà auparavant, à chaque fois que je fais un remplacement en maternelle, je finis malade comme un clébard, donc évidemment y'a quinze jours ça n'a pas manqué, UNE journée avec une classe de grande section et paf, j'avais la crève comme en 40, mon nez était un robinet fuyant rouge et irrité alors que Mr-mon-Mari et moi devions aller passer le weekend à Princeton, dans le New Jersey. Mr-mon-Mari était invité à deux jours de conférence durant lesquels il a plus ou moins servi de cobaye pour fabriquer les examens de certification de prof de musique et décider des scores minimums. Hop, j'ai filé acheter des boites de mouchoirs anti-viraux de la marque qui commence avec un K, j'ai fait la valise et on a filé : j'allais quand-même pas manquer l'hôtel de luxe en pension complète tout frais payés (la corporation qui fabrique les examens de prof est riche à million, vu le prix qu'on paye pour passer l'examen ça m'étonne pas). Fort heureusement que la chambre était cool parce-que figurez-vous que j'ai passé deux jours sur trois au pieu, haha heureusement il y avait une machine à café avec dosettes dans la chambre et une grande télé au mur qui pivotait (la télé, pas le mur) -- oui je dis ça comme si c'était un exploit intersidéral mais pour ceux qui ne le savent pas, Mr-mon-Mari et moi n'avons pas de téléviseur. Mr-mon-Mari est contre la société de surconsommation et il a grandi sans le câble donc il ne regardait rien (car sur les chaînes "normales", il n'y a rien qui vaille la peine) et moi, la première année où je suis arrivée ici je ne regardais pas la télé non plus (bien que j'en avais une), donc on a décidé de continuer comme ça. On a un abonnement à un truc de location de dvd qu'on reçoit par courrier et éventuellement dans le futur on achètera surement un écran et un lecteur dvd (parce-que c'est quand même parfois bien relou de regarder tout sur le petit ordi) mais la majorité du temps on est assez fiers de ne pas avoir de télé (on lit beaucoup) et on pense que c'est bon pour le couple en général. Bien entendu, ce n'est qu'un avis personnel qui nous appartient et vous avez tout à fait le droit de penser qu'on est louches! En gros, on aime regarder des films et de bonnes séries, mais sans les pubs de 20 minutes pour des antidépresseurs et toute autre fange qu'on trouve sur les chaînes américaines, et pour les infos on préfère lire la presse, même si ça m'arrive de regarder le JT de 20h sur France2.fr!

Pour en revenir au sujet du blog, pendant notre weekend à Princeton je n'ai donc pas travaillé, et avant ça j'ai eu des postes "normaux" et cette fameuse classe de maternelle. A notre retour dans le Maryland, il a bien fallu revenir à la réalité et retourner au boulot, triple snif. J'ai manqué plusieurs jours pour cause de fin de rhume surpuissant/mal de tête de dix jours/rendez-vous chez le dentiste mais ensuite j'ai retrouvé mes collégiens adorés. On m'a appelée pour faire un remplacement à l'école de Mr-mon-Mari, là où j'ai fait mon année de stage. Cette école, c'est la maison pour moi, je connais quasi tout le monde et je m'y sens terriblement bien. Je remplaçais une prof de ESOL (English for Speakers of Other Languages), qui est donc la classe d'anglais pour les enfants qui ont une autre langue maternelle. Comme les autres classes de langues, il y a plusieurs niveaux et les enfants ne sont pas placés par âge, mais par abilité. Les enfants de niveau 1 (souvent de tout nouveaux immigrants qui n'ont un anglais que rudimentaire) passent la journée en classe d'ESOL, et ce jusqu'à ce qu'ils soient prêts à intégrer les cours classiques. Ce jour-là, j'ai eu des grands débutants d'abord, puis une classe d'élèves assez avancés. Pour vous donner une idée de la population représentée, il y a une écrasante majorité d'élèves hispanophones mais j'avais aussi deux élèves arabophones, un français de Lyon, un chinois, un perse, une russe, une francophone du Cameroun qui avait vécu 9 ans à Paris, plusieurs élèves qui parlent différents dialectes d'Afrique, bref une bonne variété. Je vous le dis direct, j'ai A-DO-RE. Si y'avait un truc que je devais faire autre qu'enseigner le français, ça serait réellement enseigner ESOL. J'y ai pensé d'ailleurs pas mal après mon poste, parce-que les demandes sont en constante augmentation, alors que personne ne veut embaucher des enseignants du français (et surtout pas dans le Maryland, où le français est peu à peu éliminé au profit du chinois).
Evidemment, mes hispanophones trouvent toutes les occasions possibles de parler espagnol, et en profitent vu que je ne comprends pas un mot (sauf quelques insultes du style "stupido", "puta" et des trucs qui commencent avec "tu madré"...) alors il faut beaucoup batailler. Pareil avec ceux qui ont la glande et qui prétendent qu'ils ne comprennent pas, alors que je sais bien qu'ils savent ce que je veux qu'ils fassent. J'ai essayé de leur montrer l'exemple avec le gamin de Lyon, à qui j'ai refusé de parler français, mais on sent que c'est difficile pour eux de ne pas se raccrocher à leur langue commune, surtout pour les débutants, qui deviennent rapidement frustrés de ne pouvoir s'exprimer.

Je suis revenue vendredi dernier pour l'autre prof d'ESOL (j'en avais profité pour faire un tour dans sa classe durant mon précédent poste) et là j'avais des élèves encore plus avancés, mais qui ont encore des difficultés au niveau de l'écriture. C'était assez fun et ils ont bien travaillé. Ils sont hyper respectueux des profs en général, toujours à utiliser des formes de politesse et tout ça -- il faut dire qu'on ne leur apprend pas l'anglais des ghettos! -- et ils ont bien aimé que je leur raconte que moi non plus je n'ai pas grandi en parlant anglais, et que j'avais du mal avec telle ou telle règle de grammaire, etc.

J'ai aussi profité de ma présence dans cette école pour aller dire bonjour un peu partout, revoir mes anciens 6èmes qui sont maintenant en dernière année et qui vont aller au lycée l'an prochain. Je les ai appelés "mes bébés" et ça les a fait rire, mais en vrai j'arrive pas à croire qu'ils ont tant grandi, ils m'ont parlé français avec de vraies phrases, j'étais émue! Quelques uns sont partis du programme, notamment une de mes élèves adorée que j'aurais tant voulu revoir mais dont la famille est (re)partie vivre aux Emirats Arabes Unis, une vraie tête cette petite avec un papa grand chirurgien qui a travaillé à Johns Hopkins... J'ai eu l'assurance de mon collègue qu'elle avait été en tête de classe jusqu'à son départ, donc ouf je peux dormir tranquille!

Après ça, je suis allée plusieurs fois à l'autre collège que j'aime beaucoup (là où Mr-mon-Mari était au collège) et pour ceux que ça intéressent, j'ai revu mon élève qui n'était pas passé loin de l'électrocution! Bah, il va très bien! Je lui ai dit cependant "J., tu restes LOIN de la prise aujourd'hui, Ok?". On ne sait jamais!

mardi 8 novembre 2011

Pourquoi j'ai fini ma journée à l'hosto

D'abord, je tiens à vous rassurer et à enrayer les rumeurs :
1. Non, je ne suis pas enceinte (on a vérifié, à croire que les toubibs pensent que je mens!).
J'ai prévu d'attendre encore pas mal d'années, je n'ai aucune envie d'avoir un bébé maintenant ni dans un futur proche, et ni Mr-mon-Mari. Nous avons d'autres projets en priorité, et notamment l'intention tous les deux de retourner à la fac pour un Master (chacun son tour, je vous laisse faire l'addition des années), de faire le tour du monde en un an, d'acheter une baraque, de vivre au moins un an an France, bref vous avez dix ans devant vous avant de vous demander si j'ai grossi du bidou ou si c'est mes fringues qui sont mal coupées.

2. Mon élève ne s'est pas pris de coup de jus.
C'est le truc décoratif qui se trouve autour de la prise, qui est en métal, qui a tout pris car il n'a pas mis la trombone dedans, il l'a simplement glissée le long du mur et le frottement métal contre métal nous a fait des chocapic (encore une fois!) et a un poil fondu.
Je ne savais pas le truc du coeur, et s'il était tombé au sol suite au choc (et non s'était jeté lui-même pour se cacher de sa bêtise) j'aurais appelé le 911. Sinon, ici on est sur du 110v donc je sais pas, en même temps c'était pas dans ma formation de remplaçante que de devoir empêcher l'accès aux prises de courant. Je le saurai pour la prochaine fois, je l'attacherai à sa chaise avec du gros ruban adhésif.

3. Si mon élève avait trépassé, vous pensez bien que je ne serais pas en train de vous écrire : y'a pas le wifi derrière les barreaux, voyons!


J'étais donc en collège hier toute la journée et tout s'est bien passé sauf que j'étais toute tordue sur ma chaise, j'arrivais pas à trouver une position dans laquelle j'avais pas mal. Je vous rassure encore, aucun élève ne m'a attaquée, bien que j'aie l'impression d'avoir été plaquée au rugby.
J'explique : la semaine dernière, jeudi nuit pour être exacte, je me suis réveillée avec d'atroces douleurs de ventre et ça m'a pris des heures à passer, heures pendant lesquelles j'ai fait à peu près toutes les positions possibles du Grand Livre du Yoga pour tenter de me soulager. Un bout de gingembre frais en sera venu à bout vers 2 heures du matin, Amen.
Seulement, depuis là, je me trainais un mal indescriptible aux côtes gauches, et sous les côtes aussi, avec l'impression d'un Alien y grandissant. Y'a quand même un moment où je me suis dit qu'avoir mal comme ça pendant 4 jours, c'était surement pas normal. Bon, j'appelle l'infirmière conseil de notre assurance (alors ça, faut que je vous en parle, c'est trop net : on appelle l'infirmière, à qui on raconte nos déboires, puis elle va causer avec le doc de garde, et lui il décide si on doit venir tussuite tussuite, si il nous envoie aux urgences, ou bien si on peut attendre le lendemain pour avoir un rendez-vous) et elle a dit "je vous envoie au service d'urgence de votre centre de soin habituel".
A mon arrivée, talonnée de Mr-mon-Mari, j'ai été vue par un médecin, et si elle avait une idée de ce que ça pouvait bien être, elle n'a rien mentionné. Moi, stressée, je la voyais déjà m'annoncer qu'il me fallait une ablation de la rate ou que je souffrais d'une maladie en phase terminale, bref l'état dans lequel je me mets habituellement quant aux histoires de santé. Tout paraissant normal à l'examen (sauf la douleur, bien entendu), on m'envoie:
- faire des radios
- faire des tests sanguins
- faire pipi dans un bocal
pendant que Mr-mon-Mari me suit de salle d'attente en salle d'attente, portant mes affaires et regardant la chaîne Food Network. Je sais pas vous, mais je trouve ça fin cruel d'imposer des chaînes qui montrent de la bouffe dans un hosto, surtout quand la femme devant moi a gerbasse. Deux fois. De plus, à l'heure qu'il était, Mr-mon-Mari était évidemment victime d'un affamement intense et insoutenable, imaginez-le en train de mater Paula Deen avec le ventre qui grouille, pauvre créature! 


Quand mes résultats sont arrivés -- pas de fracture ni fêlure, tests sanguins normaux donc je subodore que ma rate va bien, et mes reins fonctionnent normalement -- le doc m'a reprise pour me faire part du diagnostique : je souffre d'une costochondritis.
Kèssessé??? Une inflammation d'une ou plusieurs côtes.
La cause est souvent inconnue, si ce n'est que dans mon cas, ça a probablement été provoqué par moi-même en me tordant comme un vers durant ma nuit de crampes. Ca peut durer quelques jours à des mois (nom d'un chien sans poil!) et y'a pas grand chose à faire à part manger de l'ibuprofen. Y'a même des gens chez qui ça fait des sensations de crise cardiaque tellement c'est fort et ça irradie (j'avais mal au dos, et le radiologue a suggéré que peut-être ça viendrait en fait de mes multiples problèmes de dos). Je suis repartie avec un papier qui prouve qu'on m'a fait des tests (des fois que!) et une notice qui explique ce qu'est la costochondrite. En attendant, j'essaye de pas trop rire mais comme j'ai encore le rhume, rapport à mes élèves de maternelle, j'éternue et je vous assure que c'est pas plaisant.



Une petite note à mes lecteurs : évitez si possible à l'avenir d'utiliser le mot "enceinte" car vous faites fantasmer mes parents, qui ne rêvent que d'une chose, être Mamie et Papy Gâteaux de ravissants petits bilingues!

lundi 7 novembre 2011

L'éclair (mais pas de lucidité)

Bah râlez pas hein, je sais j'ai pas eu trop de temps la semaine dernière mais si je vous dis que j'ai passé mon aprèm' à l'hosto?! Bon. Commençons par le commencement.

Dernièrement j'ai eu des postes sans trop de problèmes, avec des classes dans lesquelles y'a une bonne ambiance et une dynamique bien sympa, même que parfois quelques élèves restent 5 minutes à la fin de la journée pour tailler le bout d'gras. En collège, l'ancien collège de Mr-mon-Mari (là où il était élève), ça se passe toujours plutôt bien et ils m'ont mis sur leur liste de remplaçants préférés, donc je reçois les offres en priorité (ce qui est bien car tout le monde veut évidemment les remplacements dans les établissements qui craignent pas). Que ma journée soit sans heurts, c'est déjà beaucoup, mais si en plus j'arrive à me marrer un peu avec une classe, c'est carrément le paradis!
La semaine dernière, je suis aussi allée faire un remplacement en maternelle (en trainant les pieds...) et donc évidemment je me re-paye un mal de gorge. Merci les mioches de tousser à l'avenir loin de moi.

L'histoire que je veux vous raconter date de jeudi. J'étais en effet dans le fameux collège qui est bien et je remplaçais une prof d'anglais de 7th grade. Mes classes se déroulent sans incident, on se fend la gueule un peu avec quelques élèves qui ont bien envie de glander et qui essayent de trouver des stratagèmes sauf que je ne suis pas dupe, vous voyez le genre. La première heure, quand la cloche sonne et qu'ils prennent leur temps, je fais de grands gestes et je leur dis de fiche le camp parce-qu'ils ont été bien bavards et que ma santé mentale a besoin d'une pause de trois minutes dans le silence, ça les fait marrer. Ma deuxième heure, une araignée en mou (un peu comme les trucs qu'on malaxe quand on est stressé) rose atterrit au plafond et y reste collée, jusqu'à ce qu'elle finisse par tomber toute seule sur la tête d'une élève, on se fend tous du genou.
Arrivée à la fin de la journée, tandis que la majorité des élèves sont partis mais que certains attendent encore leurs bus en causant avec moi de pourquoi si on est pas américain on peut pas comprendre les règles du baseball et de pourquoi au football américain quand un gars a la balle y'a tous les autres qui lui sautent dessus comme des maboules, on voit un éclair. Pas par la fenêtre, non, mais bel et bien dans la salle de classe. On se retourne, on cherche ce qui a bien pu se passer, et là on découvre un élève au sol.
Vivant, l'élève, je vous rassure.
Il est juste un poil prostré parce-qu'il se dit "tiens, je viens de faire une connerie". Cet élève, un petit blondinet à l'air tout à fait innocent, avait déplié une trombone et s'amusait à la passer le long des murs quand celle-ci a fini par rencontrer la prise électrique. D'où l'éclair. La trombone a cramé aux extrémités (il m'a affirmé qu'il ne l'avait pas mise DANS la prise), je l'ai ramassée du sol (il l'a jetée, de peur de se faire attraper avec l'arme du crime!) après avoir vérifié que mon élève n'était pas électrocuté. Je lui ai demandé s'il avait ressenti une décharge, et il ne savait pas trop si oui ou non (pourtant on penserait que y'a une différence conséquente entre les deux, hein!) alors je lui ai dit que vu que ses cheveux n'avaient tournés ni bouclés ni statiques, il allait bien. Ça a fait se poiler les trois ou quatre élèves qu'il restait (sans compter moi qui avait du mal à garder mon sérieux), mais lui, il s'est mis à pleurer. Genre pleurer pour de vrai, et sans pouvoir s'arrêter. La peur du renvoi, apparemment. Je suis allée voir à la prise électrique, c'était un peu cramé autour mais rien de bien méchant. On a vérifié que les plombs n'avaient pas sauté, tout était impec', et je lui ai promis qu'il n'allait pas avoir d'ennuis. Quand ce petit Einstein s'est enfin ressaisi, il a pu rentrer chez lui, et j'ai souri en déposant l'arme du crime sur le bureau. Je me demande encore ce qui a bien pu lui passer par la tête (en lui posant la question, j'avoue qu'à travers les larmes j'ai pas compris un mot).
J'aurai dû garder la trombone, ça m'aurait fait un souvenir!

Demain je vous dis pourquoi j'étais à l'hosto, héhé!

mercredi 26 octobre 2011

René et moi

Meuh non, pas ce René là! René Descartes.
Bah oui, je suis allée enseigner les maths (on rigole pas!) au collège et y'avait sa goule en dessin dans la salle. Les élèves travaillaient sur les équations à une inconnue donc ça va, c'était dans mes cordes (c'était au programme de l'examen de la certification).
Cette école est très grande et je me suis perdue deux fois : d'abord en cherchant les toilettes des profs, ensuite en allant récupérer les zigottos à la cafétéria.

Ma première classe s'est très bien déroulée et je ne me suis pas ennuyée du tout car un élève est arrivé avec l'index fracturé : j'ai écrit à sa place car le pauvre pensait qu'il n'allait pas avoir la chance de travailler...
Dans ma deuxième classe, j'ai retrouvé une élève que j'avais en 6ème quand j'étais en stage à l'école de Mr-mon-Mari et elle m'a reconnue. Rapidement, ça a fait le tour du collège et des élèves venaient passer la tête dans l'encadrement de ma porte pour me demander "c'est vraiment vrai que vous êtes française?". A croire que les français sont en voie de disparition et qu'ils n'en ont jamais vu! Mes autres classes étaient assez difficiles, avec beaucoup de parlote, à tel point qu'à un moment j'ai du envoyer dans le couloir un groupe de quatre qui ne faisait rien que se marrer, pour mettre les points sur les i. En gros, sur 5 classes, 3 étaient vraiment très ghettos.

J'ai aussi du enseigner "health", une matière que les profs (normalement de sciences et de sport) se partagent et qui correspond typiquement aux 2 ou 3 séances qu'on fait en France avec l'infirmière : on parle de prévention et d'éducation sexuelle, de drogues et de l'adolescence en général. Après m'avoir demandé mon numéro de téléphone et si j'avais un compte fesse-bouc, quelques garçons ont dit qu'ils auraient aimé que j'enseigne la reproduction... Classieux.
Pour ceux qui se demandent si, en vrai, je ressemble à Claudia Schiffer, que nenni. Je vous confirme cependant que la majorité des remplaçants de collège et lycée sont des profs à la retraite et bedonnants, donc ça leur fait toujours un changement d'avoir une jeune -- d'ailleurs mon âge arrive rapidement sur le tapis, avant mon accent, même!
En "health"on a parlé des drogues et du tabac, et en faisant mon petit sondage, seulement 2 élèves de la classe ont dit qu'ils avaient déjà essayé de fumer une cigarette (ce sont des 4ème) mais n'ont jamais eu envie de recommencer.
Malgré les classes ghettos, je pense que c'est une école pour laquelle j'accepterai des postes dans le futur mais de préférence 6ème et 5ème car les 4ème sont vraiment trop à la limite avec leur flot d'hormones!

Pendant ma période libre (dite période de planning), j'ai lu deux extraits de livres que j'ai téléchargé sur mon e-reader (je peux lire gratuitement environ 30 à 50 pages avant d'acheter un livre) car j'ai fini mon dernier roman et j'ai du mal à rester sans rien. Ces deux extraits étaient très bons et je pense acheter les deux livres, mais je vais donner la priorité à celui qui traite de l'autisme infantile. En effet, depuis mon remplacement catastrophique (voir  Comment je me suis retrouvée les nib' {...}), je me suis beaucoup intéressée au sujet, probablement parce-que je me suis sentie horriblement sous-compétente, sans ressource et inutile. Mon intérêt n'est pas tant dans comment faire en contexte de classe mais plutôt comprendre la maladie, ses origines et ses implications diverses. Ce livre de Seth Mnookin, intitulé "The Panic Virus" traite de comment discerner la vérité sur une maladie dont on sait peu, et comment séparer croyances et faits. L'auteur l'a écrit suite à la controverse née en 2008 concernant les vaccinations des enfants. Je vous le dis directement, il réfute le lien, tout comme l'entière communauté scientifique -- et c'est aussi mon avis. Mais, en tant que junkie de médecine alternative, j'ai souvent tendance à me laisser happer par l'opinion publique au lieu de peser les faits et les preuves. Dans son ouvrage, l'auteur fait un parallèle avec les différentes théories du complot concernant 9/11 et le lieu de naissance d'Obama, ainsi que le pouvoir dont est investie Oprah Winfrey pour nous faire avaler n'importe quoi.
Bref, si vous vous intéressez à l'autisme ou simplement à comprendre comment les médias construisent une réalité qui leur est propre (et si vous lisez bien l'anglais), je vous le conseille vivement.

lundi 24 octobre 2011

DARE

Dans ma salle du jour, il y avait une douche d'urgence, sans porte, avec une pomme qui pend du plafond et une grille d'évacuation à même le sol, et aussi un lavabo spécial pour se laver les yeux : je remplaçais une prof de sciences en collège. Dieu merci, à aucun moment nous n'avons eu besoin d'utiliser la douche d'urgence, j'avais un officier de police toute la journée dans ma classe pour un cours un peu particulier sur la prévention anti-drogues et anti-violences.

Pour un total de 8 heures, à raison d'une fois par semaine, cet officier vient apprendre aux enfants comment dire non aux drogues et à la violence, à l'aide de mises en situation très concrètes et d'un cahier que les élèves doivent remplir au fur et à mesure des différentes leçons. Ce cours s'appelle DARE (qui veut dire en anglais, OSE) et les initiales signifient :
D = Define ---> décrit le problème
A = Assess ---> quels sont tes choix? Assois-les.
R = Respond ---> prend une décision. Utilise ce qu'on t'a appris.
E = Evaluate ---> évalue ta décision. As-tu pris la bonne décision?

La leçon du jour concernait les amis qui ne nous veulent pas que du bien, et comment lutter contre la pression sociale. En gros, dans leur cahier, les leçons précédentes concernaient le tabac, l'alcool, la marijuana : on donne les faits puis on parle des effets sur la santé, on répète l'illégalité et on essaye de trouver un moyen d'être responsable, de ne pas entrer dans des situations à risques ou d'en sortir si l'on y est.

Comme c'était le même cours pour les 6 classes que j'avais et que l'officier de police s'en sortait très bien tout seul, j'ai écouté le premier cours et puis après j'ai lu le New York Times (ouais jme la pète!) et d'ailleurs j'ai trouvé un article très intéressant sur les enfants bilingues, si ça vous branche, allez visiter ce lien :
http://www.nytimes.com/2011/10/11/health/views/11klass.html


Aujourd'hui c'était aussi "PJ Pants Day", autrement dit le jour des pantalons de pyjamas. Non, même pas que je mens (j'aurais préféré!), les élèves (et aussi les profs) peuvent venir en cours en pantalon de pyj'.
J'ai vu des horreurs, et aussi des profs qui, en plus du pyjama, avaient carrément mis des pantoufles... Je ne voudrais pas avoir l'air de juger mais, hum, comment dire, je trouve ça ridicule.
Jamais au grand jamais ça ne me viendrait à l'idée de participer. Déjà pour les élèves, je pense nécessaire de bien maintenir une barrière entre la maison et l'école -- après tout, c'est ce qu'on leur répète à longueur de journée car on attend d'eux un comportement différent et une attitude qui s'incline dans le sens de la prise de responsabilité de leur apprentissage. Or, l'école ce n'est pas le salon, le matin on se lève et on s'habille et on se PREPARE spécialement pour passer la journée à travailler et apprendre des trucs. Un pyjama n'a rien à faire en salle de classe, ce n'est ni les vacances ni un jour plus relax que les autres : les enfants associent l'école et la maison, même inconsciemment, sont moins productifs et se permettent alors des familiarités avec les profs. Et quand bien même on reste à la maison, à moins d'être malade et au lit, en général les parents s'habillent et demandent donc à leurs enfants de s'habiller. Même si ça signifie mettre un survêt et un vieux pull. Bref, j'aimerais bien avoir votre opinion sur ce sujet.

Concernant les profs, je trouve ça tout simplement débile. De la même façon, il y a des barrières à respecter, des limites à poser et on peut être un prof cool et proche de ses élèves sans s'habiller comme si on allait sortir les poubelles. Je sais que la mentalité US est bien différente de la France mais de la à faire cours en pyjama? Il va sans dire que l'autorité pour un prof passe énormément par la tenue vestimentaire (c'est mon avis, en tout cas). Quand j'enseignais le français à l'école de Mr-mon-Mari, après plusieurs semaines, une fois que je n'avais plus besoin d'asseoir constamment mon autorité car les enfants savaient ce qui était permis et ce qui ne l'était pas, je me suis permis de mettre un jean le vendredi -- souvent porté avec une veste de tailleur ou un chemisier -- mais jamais je ne porterai de jean en tant que remplaçante car j'ai tout le temps des élèves différents et j'ai donc besoin d'afficher un certain charisme si je tiens à me faire respecter. J'ai des vêtements "de travail" que je sélectionne pour leur côté sérieux et pro. Et même si on dit en général que les profs sont pauvres et ne peuvent se payer un tailleur, on trouve des pantalons noirs à tous les prix, ainsi que des tee-shirt unis. "Haché-aime"(non je ne fais pas de pub, j'ai pas le droit) n'a tout de même pas été inventé pour rien! Les seuls moments où je m'habille un peu plus "relax" sont quand je remplace en maternelle car je suis souvent au ras du sol - là encore, on trouve des fringues souples dans lesquelles on bouge bien mais qui ont quand même l'air plus pro qu'un pyjama.
Là encore, je voudrais bien connaitre votre avis sur le sujet...

mercredi 19 octobre 2011

"Mrs M, tu peux remontrer le yoga?"

Vendredi dernier, j'ai remplacé une prof de 2nd grade (CE1).
J'ai travaillé pas mal de fois dans cette école maternelle et primaire, et j'avoue que j'aime l'ambiance. Les élèves et les profs viennent de milieux variés et globalement de la classe moyenne. Les élèves sont à leur niveau, ni en retard ni trop en avance, et ils savent (encore) apprécier le monde magique de l'enfance.

Ma salle était belle, toute nouvellement décorée puisque cette classe a été crée après la rentrée, dû à un sur-effectif d'élèves. Les élèves ont donc été "pris" d'autres classes pour former celle-ci, et je dois dire qu'ils se sont bien adapté socialement. Il y avait vraiment une bonne cohésion de groupe, et une envie de faire du travail bien fait. Malheureusement il pleuvait, donc nous n'avons pas pu profiter de l'espace jeu à l'extérieur, et nous avons fait la récré dans la salle : ici, comme il n'y a pas plusieurs récrés par jour, et que de toute façon elle dure au maximum 20 minutes, il n'y a pas de préau. Quand le temps est mauvais, la récré se fait dans la classe. Certaines filles avaient amené des poupées du style Barbie, mais en version zombie, vampire et loup-garou. J'avoue qu'en les voyant, je me suis dit "mais où va le monde" car l'idée que j'aie des enfants de 7 ans est qu'ils ont en général peur du monde des morts, et après je me suis souvenue de l'engouement général de cette génération pour les vampires et autres créatures n'étant qu'à moitié vivantes. L'effet Twilight, je présume.
Ces poupées sont par ailleurs très peu réalistes, avec une tête énorme sur un corps très fin, des bras squelettiques, des jambes disproportionnellement longues et des fesses rebondies qui ressortent. C'était risible, surtout avec leurs cheveux vert et bleu et leurs canines affutées peintes sur leur bouche! Remarquez, à choisir, je préfère ça que Justin Bieber.

Le matin, il y avait l'événement "Muffins for Mom", autrement dit les mères (on peut inviter aussi la mamie ou une tante) venaient à l'école pour manger des muffins avec leurs enfants et donc partager un peu de leur vie scolaire. Cet événement se déroule une fois par an, et il y a aussi "Donuts for Dad", vous avez compris le principe.
Ca nous a un peu chamboulés parce-que certains enfants n'étaient pas sur la liste de participation et me juraient que leur mère était là, sauf que sans autorisation écrite, je ne peux les envoyer se balader dans l'école voir si leur maman y est. Finalement, j'ai trouvé quelqu'un pour vérifier pour moi, et effectivement une gamine avait bien sa mamie qui l'attendait, mais les deux autres zigotos sont revenus bredouilles et fâchés "Bah, ma mère n'était pas là!".

A cet âge-là, les enfants ont fréquemment besoin de pouvoir bouger leurs membres qui ne demandent que ça, mais quand on est en pleine interro, on ne peut pas tout arrêter comme ça. Je me suis écrit un post-it mental et plus tard, quand j'ai vu que ça commençait à s'agiter un peu trop à la table du petit T, que j'avais prévenu d'arrêter d'embêter le voisin, je l'ai fait venir sur le tapis pour l'obliger à faire deux minutes de yoga. Il est venu sans broncher, et d'autres se sont joint à nous pour "se relaxer et mieux travailler ensuite". En gros, j'ai fait n'imp (j'ai été au cours de yoga qu'une fois, haha!), du style croiser les jambes, faire des O avec les doigts et dire "je me sens détendu". Puis ensuite nous avons marché une longueur de salle avec un livre sur la tête, car ça oblige de ne pas être nerveux ni sautiller ni parler. Ça les a bien fait marrer mais ça a marché quand même, et au final toute la classe est venue. Du coup, entre les différentes interros, ils en redemandaient et nous avons refait plusieurs séances, fallait voir comme ils étaient calmes à attendre que je leur dise comment mettre leurs mains au dessus de la tête et que je montre la pose de l'arbre. Y'en a un qui est tombé en faisant l'arbre alors nous avons nommé cette pose "la pose du buisson"! Et à la fin de la journée, quand on était plus que quelques-un à attendre leurs bus, ils m'ont suppliée de remontrer le yoga!
J'ai laissé un mot sur le bureau de la prof pour pas qu'elle croit que j'suis venue directement de Woodstock et que j'ai voulu faire un lavage de cerveau aux mômes...

Cette classe était équipée d'un tableau interactif et je peux vous dire que je m'en suis donnée à coeur joie de m'en servir!!! Mais mine de rien, c'est pas facile d'écrire avec un stylet, ça fait mal au poignet et le pointeur est légèrement décalé par rapport à la mine, puis faut à chaque fois aller sélectionner la gomme si tu veux effacer, ou changer la taille ou la couleur. Par rapport à un tableau classique, quand t'es pas habitué, tu perds un max de temps.
Le meilleur c'était quand j'ai découvert que y'avait une sorte de très grande baguette magique pour effacer le tableau plus rapidement! Je ne vous avais pas dit que mon rêve était d'enseigner à Poudlard???

Suite à l'article sur ma classe d'enfants autistes

Mon amie F, qui est prof de maternelle en France, aurait bien voulu mettre en commentaire ce qui suit, mais malheureusement c'était trop grand donc je vais le copier ici, car je trouve que c'est une bonne suite de discussion et que ça apporte un peu plus d'éléments.

Sinon, oui je confirme qu'il y a quand-même des moments où on reçoit beaucoup de la part de ces enfants, et notamment pendant la journée, il y a eu un moment où nous étions tous sans exception autour d'une table de travail, à colorier des citrouilles pour Halloween sans que personne n'essaye de s'enfuir, et là j'ai sourit à mes collègues et j'ai dit "prenons une minute pour mesurer l'importance du moment et la fierté qu'on se doit bien".


Voici donc l'article de F, qu'elle m'a envoyé par email ce matin:

Merci pour ce récit qui m'a rappelé des moments passés lors de ma dernière année en moyenne section à Lorient. Dans ma classe, j'avais 26 élèves ordinaires et deux porteurs de handicap : trisomie 21 pour une fillette et autisme pour un garçon. Au cours du premier mois d'école, je n'avais pas d'aide particulière hormis l'aide maternelle classique en classe maternelle pour la première moitié de matinée. Le dernier samedi matin (oui il y avait encore classe le samedi matin à cette époque lol) avant qu'enfin l'Etat débloque les fonds pour les salaires des Educatrice de Vie Scolaire ou Assistante de Vie Scolaire (et donc que les écoles puissent les embaucher !), j'avais prévenu ma directrice que s'il n'y avait personne en classe d'embauché pour la semaine suivante, je ne venais plus travailler ! Oui je sais pas très sympa de ma part (je précise que ce jour là nous ne savions encore absolument pas quand nous pourrions embaucher : dans une semaine, dans un mois dans six mois ?!), mais en plus de devenir extrêmement épuisant nerveusement pour moi, je ne pouvais pas assurer ni la sécurité de cet élève "autiste", ni celle des autres élèves. Et oui, pendant que je l'empêchais d'avaler une paire de ciseaux, de manger toute notre peinture (la rose était sa préférée) ou de se sauver de la classe pour aller je ne sais trop où, les autres élèves en profitaient pour mettre le bazar en classe et faire des choses dangereuses. En parlant de s'enfuir n'importe où, un matin alors que je faisais l'accueil en classe des élèves, avec les parents qui ont toujours un truc à raconter, je n'avais pas vu mon jeune élève se sauver par une autre porte de la classe (ma classe avait 3 portes de sortie et toutes fonctionnelles bien sûr !) et c'est un parent qui l'avait récupéré juste avant qu'il ne franchisse le portail de l'école et se retrouve sur l'avenue très roulante, qui me l'avait ramené ... Une fois l'EVS présente, c'était déjà plus facile (je n'avais déjà plus à me soucier toutes les 2 ou 3 secondes de où il était et ce qu'il faisait, sans compter de veiller aussi sur les autres !). Mais se fût tout de même un année épuisante ; également très enrichissante ! J'ai notamment appris que les enfants autistes aime le bleu, ça les apaise et les aide à se concentrer (il adorait un de mes sweat-shirt bleu ! Sur la poitrine, il y avait des formes géométriques de bridées et chaque matin où je le portais, j'avais le droit à ce qu'il plaque durement ses mains dessus -ma poitrine adorait lol !-). Je sais aussi qu'il faut leur parler comme aux autres enfants de leur tranche d'âge, être ferme (si c'est non, c'est non), mais le tout en restant toujours calme en apparence et intérieurement. Question apprentissages scolaires, encore plus qu'avec un élève lambda il ne faut pas se mettre la pression : si à la fin de l'année, il n'a appris qu'à reconnaître et écrire la lettre A et bien c'est déjà ça ... Niveau communication, à force d'observer on comprend mieux comment l'enfant fonctionne (comme tu l'as dit chaque enfant porteur du handicap autisme est différent) et même s'il ne communique pas classiquement, on arrive à "ressentir" ce qu'il veut dire. Parmi toutes les recherches réalisées et celles encore en cour, certains pensent que des aliments comme les céréales agissent comme une drogue sur le cerveau de l'enfant et qu'il faut donc les bannir de leur alimentation (au même titre que les produits traités chimiquement, donc s'orienter vers le bio ...). Les parents de mon élève avaient opté pour cet essai et c'est vrai qu'il "était mieux" après (moins agité, plus dans la relation avec l'autre). D'autres optent pour la méthode Applied Behavior Analysis qui "introduit" chez l'enfant des comportements nouveaux, de façon caricaturale, c'est le mettre dans une situation où on va "découper" les différentes séquences d'une tâche à accomplir pour qu'il apprenne sur la méthode du par coeur -comme pour un animal- à réaliser cette tâche. En France, elle n'est pas trop aimée, notamment à cause de ce conditionnement comme pour le dressage d'un animal, mais beaucoup d'exemples montrent de la réussite (le fils de Francis Perrin atteint d'autisme  a été "sauvé" selon les dire de son père par cette méthode). Voilà je ne suis pas sûre que mon témoignage ait apporté grand chose, mais bon .... En tous les cas, lire ton article m'a fait très plaisir !


Petite addition de ma part, vu dans l'école où j'ai fait mon remplacement : pour éviter les escapades, notre porte d'entrée avait une barrière à bébé.
Aussi, la raison pour laquelle l'administration a accepté de nous trouver une 4ème personne, c'est qu'ils avaient tous peur que ma collègue remplaçante et moi-même nous fassions la malle!