mercredi 26 octobre 2011

René et moi

Meuh non, pas ce René là! René Descartes.
Bah oui, je suis allée enseigner les maths (on rigole pas!) au collège et y'avait sa goule en dessin dans la salle. Les élèves travaillaient sur les équations à une inconnue donc ça va, c'était dans mes cordes (c'était au programme de l'examen de la certification).
Cette école est très grande et je me suis perdue deux fois : d'abord en cherchant les toilettes des profs, ensuite en allant récupérer les zigottos à la cafétéria.

Ma première classe s'est très bien déroulée et je ne me suis pas ennuyée du tout car un élève est arrivé avec l'index fracturé : j'ai écrit à sa place car le pauvre pensait qu'il n'allait pas avoir la chance de travailler...
Dans ma deuxième classe, j'ai retrouvé une élève que j'avais en 6ème quand j'étais en stage à l'école de Mr-mon-Mari et elle m'a reconnue. Rapidement, ça a fait le tour du collège et des élèves venaient passer la tête dans l'encadrement de ma porte pour me demander "c'est vraiment vrai que vous êtes française?". A croire que les français sont en voie de disparition et qu'ils n'en ont jamais vu! Mes autres classes étaient assez difficiles, avec beaucoup de parlote, à tel point qu'à un moment j'ai du envoyer dans le couloir un groupe de quatre qui ne faisait rien que se marrer, pour mettre les points sur les i. En gros, sur 5 classes, 3 étaient vraiment très ghettos.

J'ai aussi du enseigner "health", une matière que les profs (normalement de sciences et de sport) se partagent et qui correspond typiquement aux 2 ou 3 séances qu'on fait en France avec l'infirmière : on parle de prévention et d'éducation sexuelle, de drogues et de l'adolescence en général. Après m'avoir demandé mon numéro de téléphone et si j'avais un compte fesse-bouc, quelques garçons ont dit qu'ils auraient aimé que j'enseigne la reproduction... Classieux.
Pour ceux qui se demandent si, en vrai, je ressemble à Claudia Schiffer, que nenni. Je vous confirme cependant que la majorité des remplaçants de collège et lycée sont des profs à la retraite et bedonnants, donc ça leur fait toujours un changement d'avoir une jeune -- d'ailleurs mon âge arrive rapidement sur le tapis, avant mon accent, même!
En "health"on a parlé des drogues et du tabac, et en faisant mon petit sondage, seulement 2 élèves de la classe ont dit qu'ils avaient déjà essayé de fumer une cigarette (ce sont des 4ème) mais n'ont jamais eu envie de recommencer.
Malgré les classes ghettos, je pense que c'est une école pour laquelle j'accepterai des postes dans le futur mais de préférence 6ème et 5ème car les 4ème sont vraiment trop à la limite avec leur flot d'hormones!

Pendant ma période libre (dite période de planning), j'ai lu deux extraits de livres que j'ai téléchargé sur mon e-reader (je peux lire gratuitement environ 30 à 50 pages avant d'acheter un livre) car j'ai fini mon dernier roman et j'ai du mal à rester sans rien. Ces deux extraits étaient très bons et je pense acheter les deux livres, mais je vais donner la priorité à celui qui traite de l'autisme infantile. En effet, depuis mon remplacement catastrophique (voir  Comment je me suis retrouvée les nib' {...}), je me suis beaucoup intéressée au sujet, probablement parce-que je me suis sentie horriblement sous-compétente, sans ressource et inutile. Mon intérêt n'est pas tant dans comment faire en contexte de classe mais plutôt comprendre la maladie, ses origines et ses implications diverses. Ce livre de Seth Mnookin, intitulé "The Panic Virus" traite de comment discerner la vérité sur une maladie dont on sait peu, et comment séparer croyances et faits. L'auteur l'a écrit suite à la controverse née en 2008 concernant les vaccinations des enfants. Je vous le dis directement, il réfute le lien, tout comme l'entière communauté scientifique -- et c'est aussi mon avis. Mais, en tant que junkie de médecine alternative, j'ai souvent tendance à me laisser happer par l'opinion publique au lieu de peser les faits et les preuves. Dans son ouvrage, l'auteur fait un parallèle avec les différentes théories du complot concernant 9/11 et le lieu de naissance d'Obama, ainsi que le pouvoir dont est investie Oprah Winfrey pour nous faire avaler n'importe quoi.
Bref, si vous vous intéressez à l'autisme ou simplement à comprendre comment les médias construisent une réalité qui leur est propre (et si vous lisez bien l'anglais), je vous le conseille vivement.

lundi 24 octobre 2011

DARE

Dans ma salle du jour, il y avait une douche d'urgence, sans porte, avec une pomme qui pend du plafond et une grille d'évacuation à même le sol, et aussi un lavabo spécial pour se laver les yeux : je remplaçais une prof de sciences en collège. Dieu merci, à aucun moment nous n'avons eu besoin d'utiliser la douche d'urgence, j'avais un officier de police toute la journée dans ma classe pour un cours un peu particulier sur la prévention anti-drogues et anti-violences.

Pour un total de 8 heures, à raison d'une fois par semaine, cet officier vient apprendre aux enfants comment dire non aux drogues et à la violence, à l'aide de mises en situation très concrètes et d'un cahier que les élèves doivent remplir au fur et à mesure des différentes leçons. Ce cours s'appelle DARE (qui veut dire en anglais, OSE) et les initiales signifient :
D = Define ---> décrit le problème
A = Assess ---> quels sont tes choix? Assois-les.
R = Respond ---> prend une décision. Utilise ce qu'on t'a appris.
E = Evaluate ---> évalue ta décision. As-tu pris la bonne décision?

La leçon du jour concernait les amis qui ne nous veulent pas que du bien, et comment lutter contre la pression sociale. En gros, dans leur cahier, les leçons précédentes concernaient le tabac, l'alcool, la marijuana : on donne les faits puis on parle des effets sur la santé, on répète l'illégalité et on essaye de trouver un moyen d'être responsable, de ne pas entrer dans des situations à risques ou d'en sortir si l'on y est.

Comme c'était le même cours pour les 6 classes que j'avais et que l'officier de police s'en sortait très bien tout seul, j'ai écouté le premier cours et puis après j'ai lu le New York Times (ouais jme la pète!) et d'ailleurs j'ai trouvé un article très intéressant sur les enfants bilingues, si ça vous branche, allez visiter ce lien :
http://www.nytimes.com/2011/10/11/health/views/11klass.html


Aujourd'hui c'était aussi "PJ Pants Day", autrement dit le jour des pantalons de pyjamas. Non, même pas que je mens (j'aurais préféré!), les élèves (et aussi les profs) peuvent venir en cours en pantalon de pyj'.
J'ai vu des horreurs, et aussi des profs qui, en plus du pyjama, avaient carrément mis des pantoufles... Je ne voudrais pas avoir l'air de juger mais, hum, comment dire, je trouve ça ridicule.
Jamais au grand jamais ça ne me viendrait à l'idée de participer. Déjà pour les élèves, je pense nécessaire de bien maintenir une barrière entre la maison et l'école -- après tout, c'est ce qu'on leur répète à longueur de journée car on attend d'eux un comportement différent et une attitude qui s'incline dans le sens de la prise de responsabilité de leur apprentissage. Or, l'école ce n'est pas le salon, le matin on se lève et on s'habille et on se PREPARE spécialement pour passer la journée à travailler et apprendre des trucs. Un pyjama n'a rien à faire en salle de classe, ce n'est ni les vacances ni un jour plus relax que les autres : les enfants associent l'école et la maison, même inconsciemment, sont moins productifs et se permettent alors des familiarités avec les profs. Et quand bien même on reste à la maison, à moins d'être malade et au lit, en général les parents s'habillent et demandent donc à leurs enfants de s'habiller. Même si ça signifie mettre un survêt et un vieux pull. Bref, j'aimerais bien avoir votre opinion sur ce sujet.

Concernant les profs, je trouve ça tout simplement débile. De la même façon, il y a des barrières à respecter, des limites à poser et on peut être un prof cool et proche de ses élèves sans s'habiller comme si on allait sortir les poubelles. Je sais que la mentalité US est bien différente de la France mais de la à faire cours en pyjama? Il va sans dire que l'autorité pour un prof passe énormément par la tenue vestimentaire (c'est mon avis, en tout cas). Quand j'enseignais le français à l'école de Mr-mon-Mari, après plusieurs semaines, une fois que je n'avais plus besoin d'asseoir constamment mon autorité car les enfants savaient ce qui était permis et ce qui ne l'était pas, je me suis permis de mettre un jean le vendredi -- souvent porté avec une veste de tailleur ou un chemisier -- mais jamais je ne porterai de jean en tant que remplaçante car j'ai tout le temps des élèves différents et j'ai donc besoin d'afficher un certain charisme si je tiens à me faire respecter. J'ai des vêtements "de travail" que je sélectionne pour leur côté sérieux et pro. Et même si on dit en général que les profs sont pauvres et ne peuvent se payer un tailleur, on trouve des pantalons noirs à tous les prix, ainsi que des tee-shirt unis. "Haché-aime"(non je ne fais pas de pub, j'ai pas le droit) n'a tout de même pas été inventé pour rien! Les seuls moments où je m'habille un peu plus "relax" sont quand je remplace en maternelle car je suis souvent au ras du sol - là encore, on trouve des fringues souples dans lesquelles on bouge bien mais qui ont quand même l'air plus pro qu'un pyjama.
Là encore, je voudrais bien connaitre votre avis sur le sujet...

mercredi 19 octobre 2011

"Mrs M, tu peux remontrer le yoga?"

Vendredi dernier, j'ai remplacé une prof de 2nd grade (CE1).
J'ai travaillé pas mal de fois dans cette école maternelle et primaire, et j'avoue que j'aime l'ambiance. Les élèves et les profs viennent de milieux variés et globalement de la classe moyenne. Les élèves sont à leur niveau, ni en retard ni trop en avance, et ils savent (encore) apprécier le monde magique de l'enfance.

Ma salle était belle, toute nouvellement décorée puisque cette classe a été crée après la rentrée, dû à un sur-effectif d'élèves. Les élèves ont donc été "pris" d'autres classes pour former celle-ci, et je dois dire qu'ils se sont bien adapté socialement. Il y avait vraiment une bonne cohésion de groupe, et une envie de faire du travail bien fait. Malheureusement il pleuvait, donc nous n'avons pas pu profiter de l'espace jeu à l'extérieur, et nous avons fait la récré dans la salle : ici, comme il n'y a pas plusieurs récrés par jour, et que de toute façon elle dure au maximum 20 minutes, il n'y a pas de préau. Quand le temps est mauvais, la récré se fait dans la classe. Certaines filles avaient amené des poupées du style Barbie, mais en version zombie, vampire et loup-garou. J'avoue qu'en les voyant, je me suis dit "mais où va le monde" car l'idée que j'aie des enfants de 7 ans est qu'ils ont en général peur du monde des morts, et après je me suis souvenue de l'engouement général de cette génération pour les vampires et autres créatures n'étant qu'à moitié vivantes. L'effet Twilight, je présume.
Ces poupées sont par ailleurs très peu réalistes, avec une tête énorme sur un corps très fin, des bras squelettiques, des jambes disproportionnellement longues et des fesses rebondies qui ressortent. C'était risible, surtout avec leurs cheveux vert et bleu et leurs canines affutées peintes sur leur bouche! Remarquez, à choisir, je préfère ça que Justin Bieber.

Le matin, il y avait l'événement "Muffins for Mom", autrement dit les mères (on peut inviter aussi la mamie ou une tante) venaient à l'école pour manger des muffins avec leurs enfants et donc partager un peu de leur vie scolaire. Cet événement se déroule une fois par an, et il y a aussi "Donuts for Dad", vous avez compris le principe.
Ca nous a un peu chamboulés parce-que certains enfants n'étaient pas sur la liste de participation et me juraient que leur mère était là, sauf que sans autorisation écrite, je ne peux les envoyer se balader dans l'école voir si leur maman y est. Finalement, j'ai trouvé quelqu'un pour vérifier pour moi, et effectivement une gamine avait bien sa mamie qui l'attendait, mais les deux autres zigotos sont revenus bredouilles et fâchés "Bah, ma mère n'était pas là!".

A cet âge-là, les enfants ont fréquemment besoin de pouvoir bouger leurs membres qui ne demandent que ça, mais quand on est en pleine interro, on ne peut pas tout arrêter comme ça. Je me suis écrit un post-it mental et plus tard, quand j'ai vu que ça commençait à s'agiter un peu trop à la table du petit T, que j'avais prévenu d'arrêter d'embêter le voisin, je l'ai fait venir sur le tapis pour l'obliger à faire deux minutes de yoga. Il est venu sans broncher, et d'autres se sont joint à nous pour "se relaxer et mieux travailler ensuite". En gros, j'ai fait n'imp (j'ai été au cours de yoga qu'une fois, haha!), du style croiser les jambes, faire des O avec les doigts et dire "je me sens détendu". Puis ensuite nous avons marché une longueur de salle avec un livre sur la tête, car ça oblige de ne pas être nerveux ni sautiller ni parler. Ça les a bien fait marrer mais ça a marché quand même, et au final toute la classe est venue. Du coup, entre les différentes interros, ils en redemandaient et nous avons refait plusieurs séances, fallait voir comme ils étaient calmes à attendre que je leur dise comment mettre leurs mains au dessus de la tête et que je montre la pose de l'arbre. Y'en a un qui est tombé en faisant l'arbre alors nous avons nommé cette pose "la pose du buisson"! Et à la fin de la journée, quand on était plus que quelques-un à attendre leurs bus, ils m'ont suppliée de remontrer le yoga!
J'ai laissé un mot sur le bureau de la prof pour pas qu'elle croit que j'suis venue directement de Woodstock et que j'ai voulu faire un lavage de cerveau aux mômes...

Cette classe était équipée d'un tableau interactif et je peux vous dire que je m'en suis donnée à coeur joie de m'en servir!!! Mais mine de rien, c'est pas facile d'écrire avec un stylet, ça fait mal au poignet et le pointeur est légèrement décalé par rapport à la mine, puis faut à chaque fois aller sélectionner la gomme si tu veux effacer, ou changer la taille ou la couleur. Par rapport à un tableau classique, quand t'es pas habitué, tu perds un max de temps.
Le meilleur c'était quand j'ai découvert que y'avait une sorte de très grande baguette magique pour effacer le tableau plus rapidement! Je ne vous avais pas dit que mon rêve était d'enseigner à Poudlard???

Suite à l'article sur ma classe d'enfants autistes

Mon amie F, qui est prof de maternelle en France, aurait bien voulu mettre en commentaire ce qui suit, mais malheureusement c'était trop grand donc je vais le copier ici, car je trouve que c'est une bonne suite de discussion et que ça apporte un peu plus d'éléments.

Sinon, oui je confirme qu'il y a quand-même des moments où on reçoit beaucoup de la part de ces enfants, et notamment pendant la journée, il y a eu un moment où nous étions tous sans exception autour d'une table de travail, à colorier des citrouilles pour Halloween sans que personne n'essaye de s'enfuir, et là j'ai sourit à mes collègues et j'ai dit "prenons une minute pour mesurer l'importance du moment et la fierté qu'on se doit bien".


Voici donc l'article de F, qu'elle m'a envoyé par email ce matin:

Merci pour ce récit qui m'a rappelé des moments passés lors de ma dernière année en moyenne section à Lorient. Dans ma classe, j'avais 26 élèves ordinaires et deux porteurs de handicap : trisomie 21 pour une fillette et autisme pour un garçon. Au cours du premier mois d'école, je n'avais pas d'aide particulière hormis l'aide maternelle classique en classe maternelle pour la première moitié de matinée. Le dernier samedi matin (oui il y avait encore classe le samedi matin à cette époque lol) avant qu'enfin l'Etat débloque les fonds pour les salaires des Educatrice de Vie Scolaire ou Assistante de Vie Scolaire (et donc que les écoles puissent les embaucher !), j'avais prévenu ma directrice que s'il n'y avait personne en classe d'embauché pour la semaine suivante, je ne venais plus travailler ! Oui je sais pas très sympa de ma part (je précise que ce jour là nous ne savions encore absolument pas quand nous pourrions embaucher : dans une semaine, dans un mois dans six mois ?!), mais en plus de devenir extrêmement épuisant nerveusement pour moi, je ne pouvais pas assurer ni la sécurité de cet élève "autiste", ni celle des autres élèves. Et oui, pendant que je l'empêchais d'avaler une paire de ciseaux, de manger toute notre peinture (la rose était sa préférée) ou de se sauver de la classe pour aller je ne sais trop où, les autres élèves en profitaient pour mettre le bazar en classe et faire des choses dangereuses. En parlant de s'enfuir n'importe où, un matin alors que je faisais l'accueil en classe des élèves, avec les parents qui ont toujours un truc à raconter, je n'avais pas vu mon jeune élève se sauver par une autre porte de la classe (ma classe avait 3 portes de sortie et toutes fonctionnelles bien sûr !) et c'est un parent qui l'avait récupéré juste avant qu'il ne franchisse le portail de l'école et se retrouve sur l'avenue très roulante, qui me l'avait ramené ... Une fois l'EVS présente, c'était déjà plus facile (je n'avais déjà plus à me soucier toutes les 2 ou 3 secondes de où il était et ce qu'il faisait, sans compter de veiller aussi sur les autres !). Mais se fût tout de même un année épuisante ; également très enrichissante ! J'ai notamment appris que les enfants autistes aime le bleu, ça les apaise et les aide à se concentrer (il adorait un de mes sweat-shirt bleu ! Sur la poitrine, il y avait des formes géométriques de bridées et chaque matin où je le portais, j'avais le droit à ce qu'il plaque durement ses mains dessus -ma poitrine adorait lol !-). Je sais aussi qu'il faut leur parler comme aux autres enfants de leur tranche d'âge, être ferme (si c'est non, c'est non), mais le tout en restant toujours calme en apparence et intérieurement. Question apprentissages scolaires, encore plus qu'avec un élève lambda il ne faut pas se mettre la pression : si à la fin de l'année, il n'a appris qu'à reconnaître et écrire la lettre A et bien c'est déjà ça ... Niveau communication, à force d'observer on comprend mieux comment l'enfant fonctionne (comme tu l'as dit chaque enfant porteur du handicap autisme est différent) et même s'il ne communique pas classiquement, on arrive à "ressentir" ce qu'il veut dire. Parmi toutes les recherches réalisées et celles encore en cour, certains pensent que des aliments comme les céréales agissent comme une drogue sur le cerveau de l'enfant et qu'il faut donc les bannir de leur alimentation (au même titre que les produits traités chimiquement, donc s'orienter vers le bio ...). Les parents de mon élève avaient opté pour cet essai et c'est vrai qu'il "était mieux" après (moins agité, plus dans la relation avec l'autre). D'autres optent pour la méthode Applied Behavior Analysis qui "introduit" chez l'enfant des comportements nouveaux, de façon caricaturale, c'est le mettre dans une situation où on va "découper" les différentes séquences d'une tâche à accomplir pour qu'il apprenne sur la méthode du par coeur -comme pour un animal- à réaliser cette tâche. En France, elle n'est pas trop aimée, notamment à cause de ce conditionnement comme pour le dressage d'un animal, mais beaucoup d'exemples montrent de la réussite (le fils de Francis Perrin atteint d'autisme  a été "sauvé" selon les dire de son père par cette méthode). Voilà je ne suis pas sûre que mon témoignage ait apporté grand chose, mais bon .... En tous les cas, lire ton article m'a fait très plaisir !


Petite addition de ma part, vu dans l'école où j'ai fait mon remplacement : pour éviter les escapades, notre porte d'entrée avait une barrière à bébé.
Aussi, la raison pour laquelle l'administration a accepté de nous trouver une 4ème personne, c'est qu'ils avaient tous peur que ma collègue remplaçante et moi-même nous fassions la malle!

mardi 18 octobre 2011

Comment je me suis retrouvée les nib' à l'air dans ma salle de cours

J'ai failli appeler ce post "Le mercredi de l'angoiiiiiisse" mais comme je trouvais que ça faisait un peu trop mauvais reportage de M6, je me suis dit qu'il valait mieux trouver un titre plus accrocheur.

Mercredi dernier, j'ai passé la journée dans une classe de maternelle petite section et moyenne section spéciale autistes. Honnêtement? Au bout de vingt minutes, j'avais envie de me tirer une balle.
Déjà, je devais avoir une assistante d'instruction, c'est à dire une personne spécialisée dans l'éducation en section spéciale, et avec une formation sur l'autisme. Bah, elle a pris sa journée... Et donc y'a une remplaçante qui est venue pour elle aussi, sauf qu'elle, elle n'était pas spécialisée dans l'autisme et que même si on s'est soutenues moralement toute la journée, ça n'a pas fait avancer le schmilblick. Je vous dessine le tableau : deux remplaçantes qui savent absolument pas ce qu'elles font, et 8 mômes qui se comportent comme des petits singes. Heureusement, y'a une aide maternelle qui est venue, et l'après-midi on a même réussi à convaincre l'administration de nous envoyer une personne supplémentaire, une volontaire (la pauvre!). L'aide maternelle de la classe connait bien les enfants, elle nous a donc vite fait le topo à l'arrivée des élèves par les bus, et seulement cinq minutes après qu'elle m'a dit "attention, lui, il mord" en pointant un gamin du doigt, il m'a effectivement mordue à la main. J'ai compris plus tard que c'était ma montre qui l'intéressait, et donc je l'ai enlevée avant qu'il ne l'avale et que je doive appeler le 911.

Vous allez me dire, trois voire quatre adultes pour 8 enfants, on devrait pouvoir s'en sortir largement... Bah non. Moi aussi, je croyais, mais je n'avais été en contact qu'avec des enfants autistes pré-ado ou ados! Les petits, ce n'est pas la même chose...
Les enfants autistes dans ces âges (3 et 4 ans) sont non-verbaux, autrement dit ils ne savent pas communiquer avec des mots. Certains comprennent les paroles des adultes, mais comme pour eux nous sommes des objets, si tu as le malheur d'être sur le chemin, ils te marchent dessus (c'est une image, ou pas, selon les cas). Ils savent signer (comme les sourds) car ils ont un instructeur de signe qui vient à l'école et aussi chez eux à la maison, et donc ils parlent de façon basique en langue des signes parce-que comme ils ne peuvent pas utiliser des mots, ils deviennent rapidement frustrés s'ils ne peuvent se faire comprendre, ce qui engendre, j'ai pu le voir, des colères terribles et interminables. Sur le tas, j'ai appris deux ou trois signes, en l'occurrence "c'est fini" "merci" "s'il te plait" et "encore?", mais certains gamins, donc le stade d'autisme est moins "profond" que celui des autres, ont bien pigé que je ne pouvais signer et donc prenaient ma main pour me montrer directement ce qu'ils voulaient que je fasse. Du style "ouvre ma brique de jus" ou "ouvre la boite du puzzle".
Les jeunes enfants autistes ne sont pas non plus propres, dans le sens aller aux toilettes. La majorité d'entre eux porte des couches jusqu'à tard car ils ne maitrisent pas leurs fonctions, et seulement un élève de ma classe pouvait nous dire qu'il avait besoin d'aller aux WC. Je vous le dis directement, je n'ai pas changé de couche, ouf. L'aide maternelle s'en est chargée, mais ça a été le champ de bataille car il fallait déjà pouvoir attraper les gamins et les transporter jusqu'aux toilettes. Nous avions un mini-WC dans la salle, merci Seigneur. Oui, j'ai fait pipi sur le mini WC moi aussi, étant donné qu'il était impossible de quitter la salle même trois secondes et demi, allez-y, faites vous une image mentale, ça vous fera bien rire. Je ne suis pas bien grande, mais là je me suis sentie hobbit!
En bref, l'autisme est extrêmement compliqué et les scientifiques ne s'y retrouvent déjà pas, alors pour les autres! Le diagnostique est large, tout comme les symptômes, et chaque enfant est différent. Un bon pourcentage d'entre eux souffre en même temps d'un retard mental, mais comme ils se développent bien plus tard que les enfants "typiques" (oui c'est comme ça qu'on dit, on ne dit pas "normaux!") c'est difficile à quantifier. D'où ça vient? Il y a plusieurs causes possibles, dont l'alcool pendant la grossesse, fumer pendant la grossesse, les pesticides, les métaux lourds, les maladies attrapées pendant la grossesse, etc. Wikipedia US a un très bon article que je vous recommande s'il s'agit d'un sujet qui vous intéresse.
Pour reprendre mon cas par cas avec mes élèves, j'ai appris qu'un des gamins a une mère alcoolique et qu'il a été placé ensuite dans une famille d'accueil. Les autres ont des familles dans lesquelles il y a des frères et des soeurs "typiques" et bien que apparemment ce soit des familles un peu "plouc" personne n'a trouvé une cause.

En gros, comme je le disais, à ces âges, ils se comportent comme des petits animaux et pour les avoir réunis sur le tapis le matin, il faut littéralement les tenir avec la force de tes bras -- autrement dit, à la fin t'as une tendinite si t'es comme moi, haha. Je ne vais pas vous faire saliver plus longtemps, c'est de cette façon que je me suis retrouvée tout soutif dehors, à la vue de chacun. Le gosse, à moitié couché sur moi, était tout énervé que je le remette dans sa chaise pour la vingtième fois, qu'il a décidé qu'il allait me tirer sur le tee-shirt et bam, ça a fait des chocapic  mes sous-vêtements n'avaient plus de secret pour personne.
Un peu plus tard, un autre enfant a décidé qu'il serait vachement plus à l'aise nu, donc il s'est foutu complètement à poil puis il est allé sautiller sur le trampoline jusqu'à ce que ma collègue remplaçante et moi-même ramassions ses fringues et sa couche (propre, heureusement) et le rhabillions de force. Ce même gamin aime beaucoup grimper, et l'aide maternelle, dans le genre obèse, avait chaud donc a ouvert la fenêtre... je vous laisser deviner la suite, il a failli passer par dessus bord! Mon Dieu, j'ai eu des gouttes de sueur de la taille de balles de golf! Plus tard, il a mangé du papier toilette et aussi du désinfectant à mains. Je me suis affolée mais apparemment c'est pas la première fois, et comme il est encore en vie, personne ne s'inquiète.

Aussi, ils poussent des cris, n'aiment pas marcher en chaussures ni chaussettes et donc glissent quand ils courent partout et tentent d'escalader les meubles (celui qui m'a mordu est allé essayer d'attraper ma montre sur l'étagère du haut, incroyable!), et l'un des élèves avait un tic qui est malheureusement fréquent chez les enfants autistes : il se frappait au visage avec des objets. Apparemment, ça lui soulage de l'angoisse, mais bon ça fait mal donc après il pleure et moi ça me brise le coeur de voir qu'il n'arrive pas à s'empêcher de se faire du mal. Ce même enfant a décidé que non, il n'avait pas envie d'arrêter de jouer avec les faux légumes en plastique quand c'était le temps de passer au travail -- les enfants autistes réagissent très mal à la transition -- et donc il a envoyé au sol toutes les bassines avec des jouets... Puis les autres ont marché dessus et trébuché, et moi je regardais ma collègue avec un air ahuri et on avait envie de se pendre.

A la fin de la journée, je me suis écroulée dans la voiture quand Mr-mon-Mari est venu me chercher et j'ai décidé que le lendemain j'allais prendre un jour de congé bien mérité. Je plains la prof titulaire de cette classe, car l'aide maternelle m'a dit que bien qu'elle soit hyper-formée pour la section spéciale et l'autisme, y'a inévitablement des jours "sans" et que parfois elle est bien obligée de les laisser courir toute la journée car y'a vraiment rien à faire, ils sont très imprévisibles.
Si y'en a de vous qui ont eu des interactions avec des jeunes enfants autistes, je veux bien entendre vos histoires et si possible vos "trucs" ou conseils!

mardi 11 octobre 2011

Ma petite journée bien sympa

Ce matin, je ne travaillais pas. Je suis restée à la maison, à glandouiller et franchement c'était génial. On apprécie pas assez ces moments à ne rien faire quand on n'a rien à faire toute la semaine, sauf aller à la gym. Héhé, oui, il fut un temps où je vivais comme une de ces femmes riches qu'on voit à la télé, à m'occuper de mes ongles et de mon derrière, mais sans l'argent bien sûr -- malheureusement cette période de ma vie est belle et bien finie, snif. 
Je commençais à 1 heure dans une école maternelle où j'avais déjà travaillé, donc je suis partie de chez moi à midi, enfin vite fait parce-que évidemment j'étais en retard, et j'ai presque couru pour attraper le métro. 

Le métro de Baltimore, contrairement à ce qu'on pourrait penser, est plutôt bien fréquenté tant qu'on y est avant 22 heures. En revanche, il n'y a qu'une seule ligne, qui va du nord au sud, et vice versa. Donc peu d'écoles sont desservies par le métro, alors quand je peux aller au boulot sans devoir me faire déposer (car mon permis ne m'autorise pas à conduire seule, c'est une loi de cet état pour les nouveaux permis) c'est un vrai miracle. Mr-mon-Mari, lui, a une station de métro quasi au pied de son école donc quand il ne doit pas me déposer quelque part, il l'utilise : ça lui évite d'être coincé dans les bouchons à son retour. En effet, ici, les bouchons c'est tous les jours, matin et soir, et encore c'est pas à moitié aussi horrible que Washington DC. 

Arrivée à ma station de destination, j'écoutais de la musique et j'ai loupé la rue dans laquelle je devais tourner pour me rendre à mon poste (alors que c'était à deux rues du métro), et nonchalamment je marchais tout en buvant mon lait chocolaté (hé on se moque pas, j'avais pas eu le temps de faire un café, rapport à mon départ en retard) quand je me suis aperçue que j'étais ... perdue. J'ai regardé ma montre puis j'ai appelé Mr-mon-Mari, qui a littéralement un GPS intégré dans son cerveau qui valait trois milliards. Il s'est moqué d'abord, puis après il m'a juste dit de faire marche arrière et que j'allais tomber sur le panneau de la rue. 

La prof était encore là quand je suis arrivée, elle avait une réunion et donc on a parlé un peu. Elle avait un accent british -- si vous ne le saviez pas, j'adoooore l'accent british -- donc je lui ai dit qu'on était pratiquement voisines et elle aussi, son mari est américain, c'est pour ça qu'elle a émigré y'a quatre ans. 
Sa classe était la section spéciale pour les maternelles et j'avais des élèves handicapés : des enfants nés avec un problème au moment de la naissance, un petit garçon sourd appareillé dont le nom est Reese (oui, exactement comme le fils de Docteur Benton, c'était bizarre!), une paire de jumelles africaines-américaines trisomiques... 
J'ai une tendresse toute particulières pour les gamins trisomiques. J'ai travaillé 7 ans pour le même Centre Aéré et pendant quatre ans de suite j'avais un adorable trisomique dans mon groupe : même s'il avait largement dépassé l'âge d'être avec les enfants de mon niveau, il s'était attaché à moi (et inversement) et la direction, pour avoir la paix, faisait une exception. 
Ces jumelles sont d'ailleurs venues spontanément s'asseoir à côté de moi sur le tapis, avec un grand sourire, posant leurs petites mains potelées sur mes jambes croisées. Adorables! Elles se ressemblaient comme deux gouttes d'eau par contre, et comme seule la couleur de leur tee-shirt était différente, y'a bien un moment où je me suis perdue dans les noms (qui se ressemblaient aussi, mais dites-donc les parents, vous pensez un peu aux profs, oui???) et où j'ai du leur demander qui était qui. 
En bref, on est allés en récré, on a fait de la lecture (très difficile et j'ai eu un moment de "tu pues du cul comme prof" parce que je ne sais pas comment les enseigner, si je dois utiliser une autre technique ou pas et j'avais que deux élèves qui répétaient après moi...) et après y'a deux thérapeutes qui sont venues pour faire des groupes d'apprentissage spécifique et c'était déjà la fin de la journée. C'était biiiiien, j'aime bien travailler avec des élèves "spéciaux" donc j'espère que je pourrais retourner dans cette classe une autre fois. 

Demain, j'ai une classe de moyenne section et grande section d'autistes dans une autre école, toute la journée. Donc ce soir, faut que je dorme! Allez zou, je file!  

lundi 10 octobre 2011

Rhume, le troisième.

La maternelle, c'est la boîte de Pétri à taille humaine.
Je vous le donne en mil, j'entame mon troisième rhume et ce matin, alors que j'allais pour remplacer dans une classe de grande section, j'avais la tête dans le pâté mais je vous passe les détails glamour, c'est bientôt l'heure de diner.
J'me suis fait violence, je suis quand même allée : pauvres enfants, ils n'auraient eu personne si j'avais annulé deux heures avant le début de la classe. A tous les coups, c'est un maternelle de grande section de jeudi dernier qui m'a refilé ça : même si je me promène avec un spray anti-bactérien et que je me lave les mains plus souvent qu'un malade atteint de TOC, y'en a toujours un pour me tousser à la goule pile quand je lui fais son lacet, ou éternuer directement dans mon nez quand je lui explique qu'un 2 a la bosse à droite et non à gauche. Bref, comme dirait Mr-mon-Mari, je fais mon immunité.
Quand j'ai fait mon année de stage en collège en 2009-2010, j'ai pas été spécialement malade, mais je connais des profs de collège voire lycée en début de carrière qui enchainent les infections. Bah, on va dire que ça me fera un point commun de plus avec mon amie F, qui est prof de maternelle en France et qui avait, elle aussi, pris un abonnement aux pastilles pour la gorge lors de sa première (voire deuxième?) année en tant que titulaire. Qui veut me chanter la chanson Ricola???

Jeudi donc, je suis allée dans une école dont la réputation était... abyssale. Eh bien, j'ai probablement eu devant moi la meilleure classe de maternelle de tous les temps! Comme quoi. Les élèves étaient adorables et l'assistante, un vrai ange. On a tous bien travaillé et même si le niveau est plus bas que dans des écoles mieux notées, leur comportement était exemplaire. Y'a même des moments où je me suis bien fendue (ça arrive rarement quand tu es remplaçant parce que tu n'as pas le temps de connaitre tes élèves), surtout quand un des gamins est revenu des toilettes avec son polo à l'envers (???), puis plus tard quand j'ai expliqué à deux filles que si elles continuaient de tirer sur les bras de leur copain, il allait finir par les avoir très très longs et il serait forcé de marcher comme un singe... Voilà que la moitié de la classe s'est mise à l'imiter et à marcher avec leurs bras aux genoux!
D'après ce que j'ai pu voir du reste de cette école, la discipline était de mise et décidément, c'est un endroit où j'aimerais travailler à nouveau.


Aujourd'hui, en grande section, je n'avais malheureusement pas d'assistante avec moi. Elle était là, mais quand elle a vu que c'était une remplaçante, elle a vite filé... Peur de devoir trop travailler, je présume. Cette école se situe dans une banlieue aisée (autant dire une école totalement blanche), non loin de là où vit le grand-père de Mr-mon-Mari. Je suis d'ailleurs passer lui dire bonjour, à pied, c'est dire à quel point c'est près. Cela dit, j'ai trouvé les enfants un peu, comme dire, trop gâtés par rapport à leurs camarades venant de milieux plus modestes, et parfois même un poil suffisants - à savoir qu'ils n'ont que 5 ans - ils ont tout, ils savent tout, ce sont eux le chef à la maison, et bla bla. Le niveau académique était relativement élevé et la prof titulaire ne m'avait pas laissé assez de travail, donc j'ai improvisé un peu (je lui ai laissé un mot disant qu'elle allait trouver du travail en excès dans ses paniers) et j'ai même fini par adapter le jeu du Facteur en anglais : ils ont adoré!

Ils sont mimi avec leurs couettes et leurs converses mais ils étaient bien chiants quand-même :
*j'ai supporté malgré moi (et mon mal de tronche pleine de morve) une petite blondinette totalement obsédée par Justin Bieber -- oui et même qu'ils se sont mariés d'abord hein, mais bon après ils ont rompu parce-que mine de rien il a une carrière ce gars-là, il n'a pas que ça à faire, ho qu'est-ce que vous croyez!
*et j'ai aussi découpé des étiquettes à la place d'un petit qui n'avait jamais vu une paire de ciseaux de sa vie. Ni un tube de colle apparemment, vu qu'il a confondu la feuille et ses mains.
Mon moment clé fut quand, sur le tapis, nous lisions une histoire de squelettes et momies pour Halloween et que, soudain, un élève lève la main comme s'il avait la chose la plus importante du monde à nous faire partager. Voyant son air impatient que limite il allait se pendre avec son tee-shirt si je ne lui donnais pas la parole dans l'immédiat, je pointe dans sa direction, demandant le silence complet. Et là, roulements de tambour, il ouvre sa bouche édentée pour nous dire que...  son père est né au Kansas.
FA-SCI-NANT.

Demain, je ne travaille que l'après-midi, Halléluiah.